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MiraMIRAMémoire des Images Réanimées d'AlsaceCinémathèque régionale numérique

Projets avec les citoyens
      • Que sont devenus les tirailleurs ? Alsace-Maroc : images, mémoires et récits

      • Que sont devenus les tirailleurs ? Alsace-Maroc : images, mémoires et récits
        • Albert-José Axelrad, fonds Axelrad-Coqueblin @ MIRA
      • En partenariat avec la Cinémathèque de Tanger, MIRA, cinémathèque régionale numérique à Strasbourg, engage un projet de documentation et de valorisation, par le film amateur, des liens entre l'Alsace et le Maroc à partir de 2026, à l'occasion des 70 ans de la fin du Protectorat français.

        En 2026, MIRA s’intéresse à l’histoire qui unit les Alsacien·nes aux Marocain·es à partir d’une question : Que sont devenus les tirailleurs ?. La mobilisation des tirailleurs, goumiers et spahis marocains au sein de l’Armée française de la Libération, pour la bataille des Vosges ou la poche de Colmar par exemple, est très peu mentionnée dans les collections de MIRA. Malgré leur importance capitale pour la victoire des Alliés, ces anciens combattants n’apparaissent que très furtivement, lors des cortèges de 1944-45 ou des commémorations de la Seconde Guerre mondiale. 

        Pourtant, dès les premières vagues d’immigration faisant suite à la colonisation des pays du Maghreb par l’Empire français en 1820-30, certains soldats africains, appelés à rejoindre les troupes coloniales, posent déjà leurs valises en Alsace. Des travailleurs marocains – majoritairement des hommes, isolés, quittant leur famille pour lui assurer des revenus – gagnent la métropole pour des emplois de main-d'œuvre dans l'agriculture, les mines ou la métallurgie. Les Français reçoivent quant à eux des primes gouvernementales pour investir dans les colonies. Un métissage culturel et ethnique, n’excluant absolument pas les rapports de force coloniaux, commence à prendre forme dès la fin du XIXème siècle. Les comités d’entreprise privilégient également les anciennes colonies françaises, dont le Maroc, pour leurs virées exotiques – à une époque où le voyage est encore réservé aux élites. Avant la fin du Protectorat, le Maroc, comme l’Algérie ou la Tunisie, demeure, sinon une terre de prospérité, une destination de voyage aux yeux des métropolitains. Il arrive que les soldats maghrébins, venus seuls, épousent des Alsaciennes et restent définitivement en France après les guerres. En 1963, différents accords bilatéraux réglementent l’immigration des Nord-Africains en France. La diaspora marocaine, familiale, s’installe surtout dans le Bas-Rhin, où elle prédomine à Strasbourg, qui regroupe 50% des Marocains de la région et peut être qualifiée de “première ville marocaine d’Alsace”. 

        Entre films de voyage dans le Maroc français, extraits tournés pendant la Seconde Guerre mondiale et images de vie d’expatriés alsaciens dans le Maroc indépendant, les collections de MIRA sont riches de plusieurs dimensions. Ces typologies permettent de retranscrire les correspondances entre ces deux territoires, des dynamiques méconnues et minorées par les récits officiels. Le cinéma amateur, privé, familial, intime est alors un support à privilégier pour pallier ces manques. 

        Pour nourrir son corpus, MIRA intensifie son travail de collecte de films amateurs tournés au Maroc ou par des Alsacien·nes d’origine marocaine.Vous avez vécu, travaillé ou séjourné au Maroc ? Racontez-nous votre histoire, confiez-nous vos films ! 

        2. Tenue d'un comité scientifique

        Pour que ces images muettes soient porteuses de sens pour toutes et tous, elles doivent également être soumises à l’expertise d’historiens, spécialistes du sujet et témoins directs. MIRA réunit ainsi un comité composé de :

        - Pierre Vermeren, historien du Maghreb à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne

        - Marie Pierre-Bouthier, maîtresse de conférences en histoire et esthétique du cinéma documentaire à l’Université de Picardie Jules Verne, autrice du livre Résister, décoloniser, enraciner. Cinéastes en quête d’un « nouveau regard » documentaire dans le Maroc indépendant (1956-2023)

        - Benjamin Badier, docteur en histoire à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’histoire du Maghreb contemporain

        - Jamal Saïd, vice-président d’ALISCIA, réalisateur d’un film documentaire et auteur d’un livre de photographies sur les goumiers marocains dans les deux guerres mondiales

        - Nos homologues à la Cinémathèque de Tanger : Malika Chagal, vice-présidente et Amaal Meftouh Ezzeynay, manager opérationnelle

        3. Des ressources documentaires en ligne

        MIRA a déjà identifié plusieurs de ses collections, précieuses et très pertinentes sur la question des rapports binationaux entre l’Alsace et le Maroc – histoire des tirailleurs, goumiers et spahis marocains, images privées de familles alsaciennes expatriées au Maroc… Pour rendre disponible la libre consultation des collections de MIRA portant sur les rapports entre l’Alsace et le Maroc, MIRA travaillera à la conception de plusieurs parcours thématiques et portraits de cinéastes en ligne.

        Le fonds Axelrad-Coqueblin : Albert-José Axelrad, à la tête des 4ème et 6ème régiments de Tirailleurs Marocains pendant la Seconde Guerre mondiale, 1945

        Albert-José Axelrad est professeur d’anglais à Paris lorsque la guerre éclate. D’origine juive, il doit fuir Paris en 1942 avec sa femme et leurs deux filles : il rejoint l’Algérie alors que sa famille reste en France. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord, il rejoint l’armée française où sa maîtrise de l’anglais lui permet d’obtenir des postes d’agent de liaison avec les unités américaines. Il participe ensuite à la campagne d’Italie puis à la campagne de France au sein de l’état-major de de diverses unités de l’armée française. Les premières troupes françaises sont envoyées en Italie au sein du Corps Expéditionnaire Français, puis la 1ère Armée devient opérationnelle et participe au débarquement en Provence le 15 août 1944. 

        Formés en Afrique à partir des troupes coloniales françaises, ses soldats sont en majorité originaires du Maghreb. Ces derniers, appelés « indigènes » par les cadres de l’armée, représentent, en août 1944, 60% des effectifs de la 1ère Armée. Albert-José Axelrad sert surtout au sein des 6ème et 4ème régiments de Tirailleurs Marocains qui apparaissent au début de son film Tirailleurs marocains - 10 ans de la libération de Colmar. Ces soldats sont recrutés sur la base du volontariat dans le Protectorat français du Maroc. Mais comme dans toutes les unités coloniales, si les simples tirailleurs sont des Marocains, l’encadrement ne l’est pas : les officiers et la grande majorité des sous-officiers sont Français. 

        Pour en savoir plus

        Raymond Magnin, fonds Magnin © MIRA


        Le fonds Magnin : Raymond Magnin, de Settat à Strasbourg, 1955-56

        [En cours de traitement]
        Né à Settat en 1925. Son grand-père, Joseph Magnin, architecte de profession, a notamment participé aux constructions du Paris-Touquet-Plage et l’école de Settat. C’est justement dans cette ville que s’installe la famille Magnin dès 1912 – quittant ainsi la région parisienne. Raymond Magnin, réalisateur des 5 films amateurs en 8 mm déposés chez MIRA par son fils Bernard, sont des images de vie quotidienne au Maroc en 1955-56, juste avant l’indépendance. Raymond parlait arabe et vivait au « bled ». Son fils nous confie que ses parents sont repartis vivre à Paris après l’émancipation du Maroc. Cette « remigration » leur apparut être un très gros choc culturel : ils trouvaient la France inhospitalière et sale. Après un déménagement à Marseille, ils choisirent finalement de poser leurs valises à Strasbourg, « plus agréable à vivre ».

        Denise Morio, fonds Duvernois © MIRA


        Le fonds Duvernois : L’expérience de l’expatriation – entre le quotidien du Maroc et le retour aux racines en Alsace, 1957-70

        Le couple Morio s’installe au Maroc au début des années 1950, peu avant la naissance de leur fille unique Brigitte. Le mari de Denise, Edmond Morio, est sondeur pour le Bureau de Recherches et de Participations Minières (BRPM), un établissement public à caractère industriel et commercial, en charge de la recherche et de l’exploitation minière des sols marocains. Cette activité l’amène à être nommé en poste dans des régions intérieures du pays, par exemple dans la région de Sidi Kacem, où des gisements ont été trouvés et exploités depuis le milieu des années. Denise Morio, quant à elle, ne travaille pas et s’installe avec sa fille à l’Agdal, quartier « français » de Rabat construit dans les années 1910, lorsque la ville est alors désignée comme capitale administrative du protectorat. Edmond Morio les rejoint à Rabat en dehors de ses missions sur le terrain.

        Pour en savoir plus.

        René Thiébault, fonds Thiébault © MIRA


        Le fonds Thiébault : Spahis marocains dans les Forces françaises en Allemagne à Baden-Baden, 1962-67

        La famille Thiébault s’installe à Baden-Baden, cité Thiérarche, au rez-de-chaussée de l’immeuble Sissonne (quartier français) en 1960. Les enfants Claude, Michèle et Monique sont inscrits au lycée « Charles de Gaulle » de Baden-Baden, situé en réalité à Baden-Oos, proche des nombreuses cités françaises occupées par les militaires et civils.

        En tant que directeur du service presse des Forces françaises en Allemagne, le père de famille, René Thiébault, va servir à partir du 1er décembre 1960, sept généraux commandant en chef les F. F. A. et le 1er janvier 1961, il est autorisé à servir jusqu’à la limite d’âge supérieure de son grade.

        Sous la direction de Jean Crépin (1961-63), les Forces françaises en Allemagne reçoivent la visite du général de Gaulle, participant à une prise d’armes à Münsingen, au sud de Stuttgart, le 9 septembre 1962. C’est la première apparition des Spahis marocains dans les films de René Thiébault. 

        En effet, en 1946, à l'issue de la campagne d'Allemagne, la brigade des Spahis est dissoute à Senlis. Est alors formé le Groupe d'Escadrons Autonome de Spahis Algéro-Marocains (GEASAM). Les deux escadrons marocains sont affectés dans le secteur français de l’Allemagne, dans la région de Baden-Baden, où ils constituent alors le 5ème Groupe d'Escadrons de Spahis Marocains (GESM). C’est cette unité que filme notamment René Thiébault durant son exercice à Baden-Baden. Largement minorée, l’histoire des Forces françaises en Allemagne croise ainsi le récit des Spahis marocains, lui aussi, si ce n’est plus, méconnu du grand public.

        C’est sous le commandement de Jacques Massu, très proche de René Thiébault, qu’aura lieu une kermesse, organisée par Suzanne Torres, l’épouse du colonel, où les Spahis mèneront une démonstration de force filmée par René Thiébault dans Kermesse des Forces françaises en Allemagne (FFA) à Baden-Baden (1967).
         

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