MiraMIRAMémoire des Images Réanimées d'AlsaceCinémathèque régionale numérique
Déposée en 2025, la collection Buob se compose de 8 films Super 8 dont deux sonores, tournés des années 1970 à 1980. Réalisés par René Buob, ils sont consacrés en grande partie aux voyages du cinéaste en Amérique latine.
Originaire de Rixheim, René Buob était salarié de Peugeot Mulhouse. En 1974 il quitte son emploi pour se rendre au Pérou avec un collègue de travail pour un voyage d’un mois – voyage proposé par le journal Le Point.
Tombé amoureux de ce pays d’Amérique latine, il y retourne en 1978. Mais avant de s’envoler une nouvelle fois, le cinéaste amateur cherche un compagnon de route. Il passe alors une petite annonce dans le journal... Christiane, secrétaire dans une entreprise textile, y répond. Ce sera donc une compagne de route pour René et le début de l’aventure péruvienne et amoureuse des deux voyageurs. Depuis, le couple qui s’est formé lors de ce périple est retourné une dizaine de fois au Pérou où ils amenèrent également leurs enfants.
Car les voyages sont aussi affaire de transmission pour René et Christiane Buob. De retour en Alsace, ils avaient à cœur de partager la culture et les traditions de ce pays qu’ils aimaient tant. Un partage qui se fait à travers l’image, René s’emparant de la caméra et Christiane de l’appareil photo pour documenter leurs expériences. Ils montraient ensuite ces images lors de projections pédagogiques dans des associations, des écoles ou encore des MJC (Maison des Jeunes et de la Culture).
C’est cet aspect documentaire, loin du cliché touristique, et l’ambition pédagogique qui font la singularité des films de René Buob. Dans les quatre bobines consacrées à l'Amérique du Sud, le cinéaste donne à voir la culture et les traditions andines, l’artisanat local et l’agriculture mais aussi le contexte politique et social en particulier du Pérou sous le régime dictatoriale de la junte militaire.
Durant à eux quatre presque 3 heures ce portrait se concentrera sur deux d'entre eux mais aussi sur le reste de la production du cinéaste.
En 1974 René Buob entreprend son premier voyage au Pérou. Dans le film qui lui est consacré (Pérou : Lima - manifestation du syndicat enseignant - fête du Seigneur des miracles - sites industriels - parc national de Huascarán) le cinéaste tourne dans la capitale à l’intérieur d’un bidonville. Juste avant, le montage intercale des images d’un quartier résidentiel bourgeois marquant ainsi la ségrégation des espaces et des populations.
Se déroule ensuite une manifestation de la SUTEP (Sindicato Único de Trabajadores de la Educación del Perú) ou Union unique des travailleurs de l’éducation du Pérou. Banderoles, affiches, slogans expriment le soutien à la grève des enseignants et dénoncent les crimes de la dictature militaire qui gouverne le pays depuis 1968. Lors de cette séquence on peut voir, entre autre, les chars de la junte militaire Plaza Mayor, une distribution de soupe populaire et une affiche représentant Luis de la Puente Uceda, fondateur de la branche péruvienne du MIR (Movimiento de la Izquierda Revolucionaria), un mouvement marxiste de la gauche révolutionnaire menant la guerilla, permettant là encore de faire transparaître le climat politique de l'époque.
Dans le film le mouvement politique laisse place à la Fête du Seigneur des miracles, une des fêtes religieuses catholiques les plus importantes du Pérou où l’image du Christ, peinte par un esclave noir au XVIIe siècle, est transportée dans les rues de Lima en présence de milliers de fidèles. Une nouvelle fois le contexte politique se fait sentir à travers le défilé de nombreux corps d’armés, encadrés par la Police Militaire (PM), sous un parterre de dirigeants de la junte.
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Bidonville de Lima, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Manifestation du syndicat enseignant la SUTEP à Lima, Pérou 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Célébration du Seigneur des miracles, Lima, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Célébration du Seigneur des miracles, Lima, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Le cinéaste quitte ensuite la capitale, pour consacrer une longue séquence à différents sites industriels du pays : le port de pêche de Chimbote, spécialisé dans l’export de produits marins et particulièrement de la farine de poisson pour l’alimentation du bétail, les mines de cuivre à ciel ouvert dans le sud du Pérou, ou encore la fonderie de La Oroya sur les plateaux de l’Altiplano, responsable d’une importante pollution.
Après la traversée de la route panaméricaine, le film se termine par une très belle séquence au cœur du Parc national de Huascarán avec sa faune et sa flore sauvages et ses lagunes aux eaux turquoises entre les glaciers de la Cordillère Blanche.
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Port de pêche de Chimbote, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Aciérie de Chimbote, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Parc national de Huascarán, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Parc national de Huascarán, Pérou, 1974, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Voir également le film Traversée du Pérou : Lima - Parc national de Huascarán - Pisàc - Arequipa - lac Titicaca - site précolombien - Cusco - Iquitos.
Au cours du second voyage en Amérique du Sud, René, accompagné de Christiane, traverse plusieurs pays : le Pérou, l’Equateur et la Bolivie, avec pour fil conducteur les traditions andines des communautés autochtones, entre agriculture, art textile et célébrations religieuses et populaires.
Dans le film, Traditions andines : Pérou - Equateur - Bolivie, se succèdent des séquences tournées dans les trois pays suivant une unité thématique et non géographique.
La première partie au Pérou nous montre le travail d’un mineur dans une carrière de pierre, les troupeaux de moutons et de lamas dans les alpages de l’Altiplano ainsi que le travail agricole dans les champs et notamment la culture du quinoa spécifique à cette région. Après le travail de la terre, le cinéaste s’intéresse à la fabrication des tissus aux motifs traditionnels incas avant leurs mises en vente sur le grand marché d’Otavalo en Equateur.
Les images qui succèdent sont tournées à Yungay au Pérou, une ville meurtrie par un terrible tremblement de terre en 1970 qui fit 22 000 morts. Le cinéaste y filme particulièrement l’ancien cimetière dont les sépultures sont en partie détruites. Surplombé par un Christ rédempteur, celui-ci est resté en l’état depuis la catastrophe. Dans une courte séquence on peut voir la population y célèbrer la fête des morts.
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Plateau de l'Altiplano, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Culture du quinoa , Altiplano, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Cimetière de Yungay, Pérou, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Cimetière de Yungay, Pérou, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
De nouveau dans la ville d’Otavalo, René et Christiane Buob assistent aux célèbres Fiestas del Yamor, une cérémonie en l’honneur de Pachamama, déesse inca de la terre et de la fertilité, mais aussi de la Vierge Marie. Lors de cette célébration, qui rassemble toute la ville, on danse et on boit, sans modération, le Yamor, la boisson cérémonielle, mais surtout on désigne un “Seigneur” paradant à cheval, le visage recouvert d’ornements.
Le film marque une étape à La Paz en Bolivie sur la rive du lac Titicaca, pour finir par une fête tout aussi impressionnante : le carnaval de Puno au Pérou qui célèbre la fondation de la ville. Marqué également par un syncrétisme religieux, entre rites incas et figures catholiques, le carnaval se singularise par des danses telles que les diabladas performées par des danseurs aux costumes et aux masques monumentaux.
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Le Seigneur des Fiestas del Yamor, Otavalo, Equateur, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Fiestas del Yamor, Otavalo, Equateur, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Danses des diabladas, Puno, Pérou, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Danses des diabladas, Puno, Pérou, 1978, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Voir également le film Traditions andines : Altiplano - agriculture - artisanat.
À partir de 1994, René et Christiane Buob organisent des ventes-expositions d’œuvres d’art et d'objets d’artisanat andin qu’ils ramènent d’Amérique latine. Les fonds récoltés servaient à financer les missions humanitaires du missionnaire alsacien François Fritsch en poste à Cusco au profit des Indiens Quechua. Ces ventes ont eu lieux notamment à Hochstatt (1995, 2000, 2015), Froeningen et Meyenheim (1996) et Munwiller (2000).
En 1977, René et Christiane Buob se rendent cette fois à Haïti à bord du premier vol charter proposé par le journal Le Point à destination de Port-au-Prince. À l’époque la situation politique est relativement stable et le couple peut parcourir la capitale, admirer les peintures dîtes naïves, les monuments de la ville, et fréquenter les marchés. Le couple visite ensuite d’autres régions de l’île. René Buob a ainsi l’occasion de filmer la pêche artisanale et la citadelle Laferrière, dite citadelle Henri Christophe construite au XIXe siècle après l’indépendance. Dans le village de Versailles, il documente la culture de la canne à sucre et l’extraction du jus à l'aide d'un moulin traditionnel, puis les rizières sur l’île de la Tortue, le séchage et la torréfaction du café, pour finir par le pèlerinage du Mont Carmel et la fête de la Vierge.
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Peintures naïves, Port-au-Prince, Haïti, 1977, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Marché de Port-au-Prince, Haïti, 1977, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Citadelle Laferrière, Haïti, 1977, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Culture de la canne à sucre, Haïti, 1977, René Buob, fonds Buob © MIRA |
À la différence des autres films de la collection Buob, le film Scènes familiales au Burkina Faso, Roumanie et Croatie tourne majoritairement autour de la vie intime et quotidienne du couple avec pour la première fois quelques apparitions du cinéaste à l’image en train de s'occuper de ses enfants. Le film s'étalant sur plusieurs années de la décennie 1980, se ponctue ainsi de scènes familiales : la naissance de leur fils, les plaisirs de la neige et le mariage de leurs nièces.
Mais le voyage reste au cœur de la vie du couple. Le film se compose donc également d’images prises lors d’un séjour d’un mois à Ouagadougou au Burkina Faso, puis à Timișoara en Roumanie et aux lacs de Plitvice en Croatie (ex Yougoslavie). Mais là encore le cinéaste se concentre plus particulièrement sur la vie familiale et les instants du quotidien.
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Fils de Christiane et René Buob, années 1980, René Buob, fonds Buob © MIRA |
René Buob et son fils, années 1980, René Buob, fonds Buob © MIRA |
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Christiane Buob à Ouagadougou, Burkina Faso, années 1980, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Fils de Christiane et René Buob et deux enfants burkinabés, Ouagadougou, Burkina Faso, années 1980, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Dans cette riche collection d'autres films se singularisent : deux fictions sonores marquées par l’humour. L’une d’elles est une mise en scène inspirée du Malade imaginaire de Molière réalisée avec la complicité du frère et du beau-frère du cinéaste. L’autre, La vie militaire, est tournée lors de son service militaire à Belfort dans la branche télétypiste de l’armée. Profitant de l’absence de leur supérieur, le cinéaste et ses compagnons tournent en dérision la vie militaire et les valeurs qui y sont attachées dans une mise en scène parodique.
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Le Malade imaginaire, mise en scène, 1970 environ, René Buob, fonds Buob © MIRA |
La Vie militaire, mise en scène, 1970 environ, René Buob, fonds Buob © MIRA |
Merci à Christiane et René Buob pour leur aide apportée à la documentation des films.
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