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MiraMIRAMémoire des Images Réanimées d'AlsaceCinémathèque régionale numérique

Portraits de cinéastes
      • Portrait de cinéaste : Claude Meyer

      • Par Willow Renard
      • Portrait de cinéaste : Claude Meyer
        • Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA
      • Claude Meyer a confié douze bobines 16mm à MIRA, dont se sont dégagés des thèmes clairs et une maîtrise surprenante de la caméra compte tenu de la jeunesse de son opérateur. Il s'est employé à méticuleusement tailler un joyau dont chaque facette raconte une histoire de Saverne et de ses habitant·e·s. Sur une petite décennie, de 1946 à 1955, on retrouve notamment tout un cortège de défilés qui rythmèrent la vie savernoise. Et si, à première vue, le reste du fonds peut paraître plus épars, ce qui transparaît de façon cohérente dans la filmographie de M. Meyer est qu'il est un filmeur du collectif : des Savernois·e·s, des scouts et des groupes d'amis.

        Né le 29 août 1932 à Saverne, Claude est le benjamin de Jean et Marie Meyer. Son grand frère, Jean-Paul, a 5 ans de plus que lui. Trop jeunes pour prendre part à la Seconde Guerre mondiale, les deux frères grandissent dans l'ombre d'un conflit et d'une occupation terrible. Saverne est libérée par l'effort coordonnée de la 2e DB et des résistant·e·s le 22 novembre 1944. Peu après, Jean-Paul trouve les moyens d'offrir une caméra 16mm à son petit frère. 

        Dès l'âge de 14 ans, il commence à filmer les instants saillants du monde qui l'entoure. Son deuxième métrage Les deux ans de la libération de Saverne en présence du général Leclerc relate ce 22 novembre 1946 où Philippe Leclerc, revenu dans la ville qu'il a libérée, célèbre cette victoire, honore les morts et décore les vivants. 

        Le général Leclerc remet des médailles à Marguerite Fuhrmann, résistante de Marmoutiers et Théo Gerhards dont le père a été assassiné pour ses activités dans la résistance. Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Ce film surprend par la position journalistique qu'adopte Claude, tant par sa manière de composer le film (utilisation d'un carton-titre, ses cadrages, son suivi précis des cérémonies...) que par son placement, au cœur du dispositif de cet évènement, alors qu'il est à peine adolescent. Il arrive à se faufiler jusqu'au château des Rohan où le général Leclerc est fait citoyen d'honneur de la ville. On devine d'ailleurs le jeune âge du filmeur dans la photographie, au travers d'une légère contre-plongée caractéristique sur les sujets adultes tout le long du métrage. Claude pose également les jalons de sa future cinématographie en filmant de façon exhaustive les défilés qui eurent lieu ce jour-là.  

        Le général Leclerc et un notable du château des Rohan avant le dîner. Scène du défilé du 22 novembre 1946 dans la grande rue de Saverne. Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        À cette période, Claude baigne déjà dans la vocation familiale des arts du temps. Car s'il se découvre une passion pour l'ordonnancement des images sur une bobine, il est bercé par celui des aiguilles sur un cadran. À cet égard, il grandit en voyant son père à l'œuvre dans leur horlogerie du 25 grande rue de Saverne. La boutique « Vedette » fera d'ailleurs quelques apparitions dans les films, à la fois par sa place de choix au cœur des manifestations de la ville et aussi par son implication dans la vie locale, notamment via le foot — autre grande passion de Claude.

        Devanture de la boutique Vedette Meyer. Affiche d'un tournoi de foot sponsorisé par Vedette.
        Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Il se forme à cet art au point de devenir le meilleur apprenti horloger de France et obtient son diplôme de maître en 1952. Or, si ce savoir-faire est assez fugace à l'image, pour ne pas dire inexistant, nul doute que la position sociale et les dispositions acquises qui vont avec un tel héritage sont intimement liées à sa cinématographie ; à travers la possibilité de filmer en 16mm, l'appétence pour cet art tout de même technique, la minutie, l'attention aux détails dans le montage et les sujets qu'il choisit. 

        Le « documentarisme » de Claude Meyer

        Il apparaît dès ses premiers métrages que son activité pourrait s'assimiler à celle d'un reporter. Mais Claude verse presque dans le domaine du documentaire par la sensibilité et la proximité qu'il entretient avec ses sujets. Il saisit toujours des groupes sociaux, des évènements ou des lieux bien particuliers, et maintient du même geste une forme de poésie dans sa manière de les montrer. 

        Si sa filmographie fait preuve de qualités esthétiques et techniques indéniables, la richesse de ce fonds réside aussi dans sa dimension historique et sociologique intrinsèque. Parce que, même s'il ne s'agit pas d'une intention première, le fonds Claude Meyer permet d'explorer plusieurs dimensions telles que celles de la jeunesse, de la masculinité, et celle des pratiques sociales (notamment cérémonielles) d'après-guerre à Saverne. 

        Les défilés : répétitions et variations

        Huit des douze films portent sur des célébrations et des défilés à Saverne. De ceux-ci ressortent trois tropes : les traditionnels corsos fleuris, qui s'inscrivent aussi dans les intérêts locaux de la société des Amis des Roses — organisatrice de la fameuse « Fête des Roses » ; la présence de personnes qui représentent l'autorité publique (sans qu'il ne s'agisse nécessairement de militaires, il n'est pas rare de voir des hommes en uniforme au sein des cérémonies quelles qu'elles soient, surtout à travers les fanfares) ; et enfin, la religion chrétienne, à laquelle deux films sont spécifiquement dédiés. 

        1949
        1951 1953 1949
        1953 1955 1953 (?)
        Cérémonie militaire et Fête des Roses de Saverne (1949). Inauguration de la statue de la vierge au Château d'Eau de Saverne (1949-1953). Fête-Dieu à Saverne (1949). Course de brouettes et Fête des Roses de Saverne (1953). Célébrations militaires, sportives et locales à Saverne (1955). Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Une partie de l'attrait, tant esthétique que scientifique, de cette filmographie réside alors dans les répétitions et les variations sur des mêmes thèmes et dans les mêmes décors.

        Les scouts, une jeunesse loin du foyer

        Deux des douze films, Périple de scouts au Mont Blanc et Première édition du jamborée des scouts en Écosse, suivent les activités d'une section de jeunes scouts savernois, dont Claude a probablement fait partie. C'est l'occasion pour lui d'emporter sa caméra loin des rues qu'il fréquentait habituellement avec ses amis à Saverne.

        Un groupe de « routiers » savernois assiste à une cérémonie religieuse dans les Alpes. Un petit scout français accueilli dans une famille écossaise. Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Ce qui marque le plus est la dimension collective de ces excursions. Car à la différence de films de vacances-voyages plus classiques, cette présence du collectif pousse à des manières et des raisons de filmer différentes. Contrairement à ces nombreux films de vacances, où les filmeurs ont tendance à consigner les monuments et les paysages comme des doublons de leurs souvenirs. Ou en posant un regard d'altérité et en se faisant observateurs extérieurs des endroits 'exotiques' qu'ils visitent. Dans les films de Claude Meyer, les jeunes savernois habitent ce monde et prévalent à ces décors dans l'ambition filmique. Autrement dit, c'est leur présence là-bas qui est le moteur de l'image plus que les décors eux-mêmes. Et ce avec une proximité sans pareille, puisque Claude fait partie des groupes qu'il filme.

        Repas des routiers dans les Alpes. Des scouts en Écosse se font des vacheries adolescentes.
        Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Pris dans cette dynamique particulière dès l'exceptionnelle jamborée scout de l'été 46, Claude, réglé comme une horloge alors qu'il commence à peine le cinéma, filme un défilé comme il le ferait chez lui. 

        Défilé d'un « pipe-band » scout écossais. Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Poétique des copains, du football et des masculinités

        La thématique de la masculinité a une présence évidente dans les films sur les scouts et dans les défilés : les jeunes scouts font des activités qui s'inscrivent typiquement dans des normes genrées où l'on valorise la débrouillardise, l'occupation de l'espace extérieur et non-domestique, les activités manuelles, etc. Et tandis que dans les défilés, les femmes sont régulièrement reléguées à des rôles décoratifs d'alsaciennes, de reines de beauté, de fées du logis, etc., les hommes. eux, ont par exemple le choix entre participer à des courses de brouette ou parader en uniforme. Mais deux autres films du fonds, Match du F.C. Saverne-Rails en Belgique puis à domicile et Couleurs locales savernoises, mettent aussi en lumière comment la sensibilité et la proximité de Claude avec ses sujets permet de peindre une image plus complexe au sein de ces cadres pourtant bien identifiés. 

        D'abord, son film sur les matchs de football du FC Saverne-Rails montre une vraie maîtrise de la caméra et de l'intention filmique. Il filme les matchs de façon stable et posée, il se place souvent derrière les cages et sait reconnaître les actions sur lesquelles se focaliser.

        Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Deuxièmement, ce film se distingue par sa contribution à l'esthétique de la « bande de copains ». On y voit des Savernois, jeunes et vieux, déambuler dans les rues de Liège, le sourire en coin et avec des airs un peu fanfarons dans leurs beaux habits. Tout ceci montre éloquemment divers aspects de la masculinité de ces hommes, toujours positive certes, mais pas monolithique : sérieux et compétitifs sur le terrain, blagueurs, curieux, pères, frères, amis et amants en dehors.

        Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Enfin, j'affectionne tout particulièrement Couleurs locales savernoises pour cette séquence, qui déborde de tendresse et de tranquillité, où Claude portrait deux hommes qui passent une après-midi à la roseraie de Saverne. Il montre ici encore sa sensibilité pour le cadrage et l'utilisation d'une pellicule couleur dans un endroit qui y est tout à fait propice.

        Claude Meyer, fonds Meyer © MIRA

        Toutefois, malgré cette sensibilité, on sent une certaine retenue dans la mesure où Claude ne s'essaie pas à des gros plans sur ses amis, alors qu'il maîtrise pourtant cette technique. Peut-être, dans cette proximité impossible, s'agit-il en filigrane d'un autre aspect de la masculinité. 

        Quel portrait la filmographie de Claude Meyer peint-elle de lui ?

        Cette question est en suspens car, si sa filmographie permet de regarder en profondeur la société qui l'entoure, quelle impression laisse-t-elle de son filmeur ? En tout et pour tout, Claude apparaît comme un filmeur du collectif et de l'évènement, un montreur de la société plus que de lui-même. Mais bien-sûr, il se révèle également par ce qu'il montre de cette société. Car on discerne, de l'autre côté de la caméra, un jeune homme curieux et bien intégré socialement. C'est au fond cela qui caractérise son œuvre : une jeunesse masculine, modelée par les cadres et les cercles sociaux qui vont avec. Une jeunesse savernoise, qui se saisit des opportunités de divertissement et de l'élan que pouvaient constituer les fêtes et les sports locaux. Et enfin, ce regard suggère une appartenance forte et omniprésente aux communautés qu'il filme : municipale, religieuse, scout, football-club, etc. En tant que cinéaste, il rejoint par là ces amateurs qui ne se tournent pas vers le dévoilement d'une intériorité ou d'une intimité familiale, mais il est de celles et ceux qui produisent une œuvre située, obnubilée et quasi-documentaire sur le monde qui les entoure. Le fonds s'arrête en 1955. Il y a plusieurs raisons à cela et bien que Claude soit seul à toutes les connaître, certaines explications biographiques éclairent déjà ce clap de fin. À ce moment, Claude travaillait depuis 3 ans dans une bijouterie à Hauteville dans l'Ain, où il rencontre sa femme Renée. Et surtout, en 1956, il est tristement rattrapé par la guerre et conscrit en Algérie. À son retour, le couple se marie dans la Drôme puis fonde une famille. Après avoir été un jeune filmeur, il semblerait que Claude devint acteur plus qu'observateur en poursuivant tout au long de sa vie des implications diverses dans les activités associatives savernoises en compagnie de Renée. À travers cette collection, Claude Meyer lègue un témoignage remarquable sur la vivacité de la ville à la licorne dans la période d'après-guerre ; faite de ses moments historiques, ses moments plus confidentiels et ceux « hors-des-murs », qui ont, chacun à leur manière, leur importance. 

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