L'atelier de menuiserie des Mines de Potasse d'Alsace et le carnaval de Mulhouse
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En fonction au service presse des Mines de Potasse d’Alsace, Charles Bueb photographie et filme pour la Gazette des Mines, plus tard rebaptisée Potasse Magazine, dès 1951. Dans ce film, tourné en 1954 et construit autour du carnaval de Mulhouse, il nous amène d’abord à Richwiller, au puits Max, fraîchement reconverti en centre d’apprentissage. Les apprentis menuisiers y fabriquent une cigogne boisée qui ornera le char des MDPA.
Dans une deuxième séquence, intitulée “Du rêve… à la réalité”, le cinéaste fait une démonstration de son savoir-faire de caméraman en s’appropriant l’esthétique du cinéma expressionniste. Cette scène montre une femme qui, pendant sa promenade dans les rues de Mulhouse, tombe sur une affiche publicitaire annonçant les festivités carnavalesques. De retour dans son appartement, elle commence à fantasmer le bal masqué, sa tenue et ses accessoires de soirée avant de se résoudre à y aller. En superposant deux images, l’une dans la continuité de la séquence, qui nous expose une femme songeuse, puis une deuxième où sa pensée se matérialise au-dessus d’elle, Charles Bueb convoque avec brio l’imagerie cinématographique associée au rêve.
Les dix dernières minutes du film sont quant à elles consacrées à la cavalcade du carnaval de Mulhouse et au convoi de 73 chars et 24 groupes sur près de 7 kilomètres. En 1954, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les associations locales font renaître cette fête populaire en espérant que ses bénéfices compenseront les coupes de subventions de la ville. 150 000 spectateurs et spectatrices se déplacent pour assister au défilé. La satire est bien sûr au rendez-vous mais cette édition se démarque surtout par sa prise de position très critique à l’égard de la politique étatique et municipale. De nouvelles taxes telles la TVA viennent d’être instituées à l’échelle nationale et des structures culturelles comme le théâtre de la Sinne peinent à joindre les deux bouts. Sous couvert d’humour, les associations affichent un certain désarroi face à ces obstacles financiers. Prenant part au cortège des mineurs des MDPA, Charles Bueb en retranscrit le ton grand-guignolesque et non dénué d’ironie : les bébés deviennent d’énormes monstres après avoir avalé un biberon de potasse et les humains se transforment en légumes et fruits géants grâce aux pouvoirs de l’engrais.
- Réalisateur.ice.sCharles BUEB
- Année(s)1954 précisément
- Lieu(x)Mulhouse (68), Richwiller (68)
- Durée00:16:15
- ColorationNB et Couleur
- FormatFilm 16 mm
- SonMuet
- CollectionEmmanuelle BUEB
- Numéro(s) de support(s)0160FS0112
<p>Cartons : “PRÉPARATIFS”, “DANS L’ATELIER DE MENUISERIE DU CENTRE D’APPRENTISSAGE DES MINES DE POTASSE MINE MAX”.<br>À Richwiller, au puits Max, reconverti en centre d’apprentissage professionnel pour les apprentis des Mines de Potasse d’Alsace, plusieurs formateurs se regroupent autour de l’esquisse d’une structure en forme de cigogne déployant ses ailes [en référence au logo des MDPA]. Les hommes discutent des détails en pointant du doigt certaines parties du croquis. <br>PANO sur les élèves au travail derrière leur établi respectif. Ils dégrossissent des éléments disparates de la sculpture finale.<br>Vues resserrées sur les apprentis raboteurs, limeurs, ponceurs et leurs outils anciens (rabot, ciseau, bloc de ponçage). <br>Vue large sur le piédestal de la structure et le dégrossissage de l’ossature de la cigogne.<br>Les hommes soulèvent la structure principale et la glissent dans son socle [cette sculpture ornera le char des MDPA à la cavalcade du Carnaval de Mulhouse, ndlr].</p>
<p>Carton : “DU RÊVE… À LA RÉALITÉ”. <br>Une femme parcourt la rue des Bonnes Gens à Mulhouse, près du pont de Riedisheim (aperçu de la flèche de l’église Saint-Étienne). Elle marche près d’un square puis s’arrête devant un tableau publicitaire. Elle observe l’affiche de la grande cavalcade du carnaval de Mulhouse le 28 février 1954 puis passe devant les placards des représentations théâtrales de “LA MACHINE INFERNALE”, “CARMEN” et “L’ATLANTIDE”. [Fondu au noir]. <br>[00:02:45:00] Carton : “LE RÊVE COMMENCE”. <br>La femme monte les escaliers de son immeuble. <br>Dans son salon, elle enlève son pardessus, le pose sur l’accoudoir de son fauteuil puis allume son poste radio. Elle tire les rideaux de sa fenêtre pour regarder la rue depuis sa fenêtre puis s’installe sur le siège. <br>Elle allume une cigarette puis consulte le journal L’Alsace. <br>Encarts publicitaires pour frigidaires, machines à laver au verso. <br>GP sur l’article dédié au carnaval de Mulhouse de 1954 (informations pratiques pour les automobilistes et les “chanteurs et chanteuses du Schnitzelbank”). La femme exhale sa fumée, tire à nouveau sur sa cigarette puis la crache. <br>[Images surimprimées] Elle s’imagine enfiler un masque brodé et un couvre-chef en forme de pétale face à son miroir. <br>[Fondu au noir]. Elle retourne dans son salon, place le couvre-chef sur sa tête et plaque une robe contre son corps pour l’examiner. <br>[Fondu au noir]. [00:04:42:08] Carton : “LA RÉALITÉ”. <br>À présent vêtue de cette robe, la femme se peigne les cheveux devant son miroir. Elle enfile son masque puis son couvre-chef, se brosse à nouveau, se saisit de son sac à main puis quitte l’appartement après avoir éteint la lumière de la pièce. Vues plongeantes sur les accordéonistes du bal masqué et les couples-valseurs. Vues resserrées sur la femme masquée dansant dans les bras d’un partenaire. Vues larges sur les danseurs.</p>
<p>Cartons : “PRÉPARATIFS”, “DANS L’ATELIER DE MENUISERIE DU CENTRE D’APPRENTISSAGE DES MINES DE POTASSE MINE MAX”.<br>À Richwiller, au puits Max, reconverti en centre d’apprentissage professionnel pour les apprentis des Mines de Potasse d’Alsace, plusieurs formateurs se regroupent autour de l’esquisse d’une structure en forme de cigogne déployant ses ailes [en référence au logo des MDPA]. Les hommes discutent des détails en pointant du doigt certaines parties du croquis. <br>PANO sur les élèves au travail derrière leur établi respectif. Ils dégrossissent des éléments disparates de la sculpture finale.<br>Vues resserrées sur les apprentis raboteurs, limeurs, ponceurs et leurs outils anciens (rabot, ciseau, bloc de ponçage). <br>Vue large sur le piédestal de la structure et le dégrossissage de l’ossature de la cigogne.<br>Les hommes soulèvent la structure principale et la glissent dans son socle [cette sculpture ornera le char des MDPA à la cavalcade du Carnaval de Mulhouse, ndlr].</p>
<p>Carton : “DU RÊVE… À LA RÉALITÉ”. <br>Une femme parcourt la rue des Bonnes Gens à Mulhouse, près du pont de Riedisheim (aperçu de la flèche de l’église Saint-Étienne). Elle marche près d’un square puis s’arrête devant un tableau publicitaire. Elle observe l’affiche de la grande cavalcade du carnaval de Mulhouse le 28 février 1954 puis passe devant les placards des représentations théâtrales de “LA MACHINE INFERNALE”, “CARMEN” et “L’ATLANTIDE”. [Fondu au noir]. <br>[00:02:45:00] Carton : “LE RÊVE COMMENCE”. <br>La femme monte les escaliers de son immeuble. <br>Dans son salon, elle enlève son pardessus, le pose sur l’accoudoir de son fauteuil puis allume son poste radio. Elle tire les rideaux de sa fenêtre pour regarder la rue depuis sa fenêtre puis s’installe sur le siège. <br>Elle allume une cigarette puis consulte le journal L’Alsace. <br>Encarts publicitaires pour frigidaires, machines à laver au verso. <br>GP sur l’article dédié au carnaval de Mulhouse de 1954 (informations pratiques pour les automobilistes et les “chanteurs et chanteuses du Schnitzelbank”). La femme exhale sa fumée, tire à nouveau sur sa cigarette puis la crache. <br>[Images surimprimées] Elle s’imagine enfiler un masque brodé et un couvre-chef en forme de pétale face à son miroir. <br>[Fondu au noir]. Elle retourne dans son salon, place le couvre-chef sur sa tête et plaque une robe contre son corps pour l’examiner. <br>[Fondu au noir]. [00:04:42:08] Carton : “LA RÉALITÉ”. <br>À présent vêtue de cette robe, la femme se peigne les cheveux devant son miroir. Elle enfile son masque puis son couvre-chef, se brosse à nouveau, se saisit de son sac à main puis quitte l’appartement après avoir éteint la lumière de la pièce. Vues plongeantes sur les accordéonistes du bal masqué et les couples-valseurs. Vues resserrées sur la femme masquée dansant dans les bras d’un partenaire. Vues larges sur les danseurs.</p>
<p>Carton : “LA CAVALCADE”.<br>[Immersion du cinéaste au sein-même de la cavalcade].<br>Vue large sur une fanfare de cuivres, certainement l’orchestre des sapeurs-pompiers, défilant dans la rue des Bonnes Gens à Mulhouse. <br>Un tracteur dirige le char critique à l’égard de l’administration fiscale (“LE FISC”). Il suit de près les musiciens. <br>La parade atteint la place de la Réunion. Les chars sont accueillis par une foule de spectateurs. <br>[Le cinéaste se place dans la foule].<br>Cavaliers. Un cocher conduit une charrette transportant des aristocrates (satire). <br>Parade des cuivres et percussionnistes (n°5). Le char SA MAJESTÉ LE FISC représentant un homme moustachu dont le trône repose sur des dossiers politiques (“LOIS FISCALES”, “PROJET DE PATENTE”, “PROJET DE RÉFORME FISCALE” (n°6). Feuillets “RÉCLAMATIONS” à la corbeille. [En 1953-4, le gouvernement de Joseph Laniel entreprend de compenser les coûts de la guerre d’Indochine par le recul de l’âge du départ à la retraite et l’introduction de nouvelles patentes pour les entreprises nationalisées et la fonction publique. La TVA, entre autres, sera instaurée en avril 1954, à peine deux mois après le film, ndlr]. <br>Char de l’agence Cosmos spécialisée dans “LES VOYAGES DANS LA LUNE”, décoré d’une fusée, oeuvre commune de l’École municipale de dessin, d’art et d’industrie, de l’École nationale de musique et du Collège technique Lambert avec le concours des Petites Ballerines (n°7). <br>Un trio de garçons porte un masque en forme de ballon de volley-ball (?).<br>Char du cirque Mal’O’Corn et saltimbanques - par la Société ouvrière de chant et de musique “AVENIR” (n°9).<br>Char “VOYAGE EN CHINE”, décoré d’un dragon en papier mâché et femmes au chapeau conique (n°10). <br>Char “UNE LEÇON D’AMOUR DANS UN PARC” - par l’Amicale des Jardiniers professionnels St-Fiacre de Mulhouse (n°11).<br>[00:07:57:12] Char du Théâtre municipal de la Sinne. Une charge “DÉFICIT” écrase le théâtre maintenu à bout de bras par un homme certainement désigné comme le responsable de la crise financière (?). [En 1952, face aux coupes budgétaires étatiques, locales, à une baisse de fréquentation et l’émergence de nouveaux concurrents, le lieu se résout à diminuer les effectifs de sa troupe recrutée en 1946, ndlr]. Portant un masque en forme de poids sur lequel est inscrit “DÉFICIT”, des marcheurs précèdent le char en brandissant une pancarte : “L’ORCHESTRE EST EN RELÂCHE” (n°12).<br>Chars “TREIZIÈME TOUR DE SCRUTIN” et “FANTASIA MULHOUSIENNE” - par la Société de gymnastique “LA MULHOUSE” 1875 (n°13, 14).<br>Char “RÉPÉTITION DE CHANT SOUS SCHUBERT 1820” - par la chorale “ALLIANCE” de Mulhouse. Les spectateurs lancent des confettis sur les manifestants (n°15).<br>Performances acrobatiques de tricyclistes et cyclistes par la Société cycliste “AMICALE” de Mulhouse (n°16). <br>Orchestre de percussions et accordéons par l’Accordéon-club “ACCORDINA” de Mulhouse (n°17). <br>Troupes de musiciens. Un char évoque à nouveau l’Asie.<br>Char “E HOFFNUNGCLOSER FALL” et médecins (n°22).<br>Char “SCÈNES VILLAGEOISES” par la Société chorale ouvrière de Mulhouse (n°23). <br>Danseuses du char “CONSCRITS-CITÉ - ORCHESTRE RIO MÉDIA”. Banderoles “VIVE LES ARTS MÉNAGERS” et “DERNIER DÉLAI POUR POURRIR LES ?” (n°24). <br>Char “LE GRAND FANTÔME” par les Amis de la Nature “AURORA” de Mulhouse (n°25).<br>Guggamusik et char du Roi Carnaval (n°28) transportant des Alsaciennes et des soldats maghrébins (?) - par le Théâtre municipal de Mulhouse. <br>Voiture “SOURCE GONZENBACH SOULTZBACH-LES-BAINS”. <br>Un homme encapuchonné menace un homme avec une broche (spectacle).<br>Orchestre d’hommes grimés en Noirs (cuivres). <br>[Passage à la couleur - 00:10:41:00] Char “LA FAMEUSE MACHINE À CALCULER DES DERNIÈRES ÉLECTIONS MUNICIPALES” avec banderoles de chiffres/nombres et opérations mathématiques - par la Société de gymnastique de Bourtzwiller 1912 (n°35).<br>Amérindiens (n°36).<br>Gaulois conduisant des Vespa (n°37). <br>Char “ORCHESTRE CHAMPÊTRE” avec maison à colombages (n°39).<br>Char du Jardin zoologique de Mulhouse avec enfants déguisés en cage.<br>Un bateau sur roues passe à toute allure. “LA MILHUSINA”, du nom de la Société de gymnastique mulhousienne, est conduite par des marins (n°43). <br>Artistes ambulants(n°44). Hommes vêtus d’un costume d’ours. <br>Indiens.<br>Char “BACCHUS ET SES CASSE-NOISETTES”, peinture “IN VINO VERITAS” - par le Syndicat des hôteliers-restaurants et débitants de Mulhouse et environs (n°46).<br>Aristocrates conduits par des motards romains.<br>Char “PARIS-VERSAILLES EN 13 ÉTAPES” par le Scooter Moto-Club Terrot “LA CIGOGNE”.<br>Contre-plongée sur l’hôtel de ville (devenu le Musée historique de Mulhouse).<br>Char de la Télévision (n°52). Une personne joue du tambour dans le cadre d’une fenêtre.<br>Bateau “UNE NUIT À VENISE” et son équipage de matelots musiciens (n°53).<br>Équilibriste allongé sur une barre en métal entre deux motards par le Moto-Club Cité (n°67).<br>Gugga (n°70).<br>Char “ABOMINABLE HOMME DE NEIGE / HOMO QUALUNQUE / SCHNEEMANN / DON ANONYME POUR LE ZOO” - par l’Auberge de Jeunesse de Mulhouse (n°71).<br>Char “KEGLER CLIQUE 1890 / AUBERGE DU ROI DES QUILLES / KLAPPERSTEI” par la Fédération des sociétés de quilles du Haut-Rhin [en alsacien, Kegler désigne un joueur de quilles, ndlr] (n°73). Le Klapperstei, ici représenté par les deux masques en grès, a été désigné comme emblème du carnaval par le comité et fait allusion à un supplice de la République de Mulhouse qui remplaçait symboliquement la lapidation jusqu’en 1798 [les coupables de diffamation devaient parcourir la ville avec un masque de pierre autour du cou représentant une figure humaine à la langue pendue. Ce châtiment permettait d’informer la population du jugement rendu par le tribunal, ndlr].<br>Hommes déguisés en quilles (n°73A).<br>Monocylistes.<br>Char du “BRIDGE-CLUB-DORNACH” et banderoles “HONNEUR SUR HONNEUR / 5 DE CHUTE / MALDONNE” (n°76).<br>Char “LES JOIES DU PLEIN AIR” - par Les Campeurs d’Alsace (n°77). Un homme porte un très gros sac de voyage sur lequel sont accrochés des fanions, des ustensiles, des cordes.<br>Un homme à mobylette avec pancarte accrochée à son dos “ÇA, C’EST DE LA QUALITÉ” (n°79).<br>Char “HOHNER” et char du club “SPORT ATHLÉTISME MULHOUSE”. Athlètes dans un ring (n°82). <br>Char “LE CANON ATOMIQUE” du Club du Carnaval de Buhl.<br>[00:13:17:16] Arrivée des mineurs des Mines de Potasse d’Alsace et de leur char “LES VERTUS DE LA POTASSE” (n°84). <br>[Passage au N&B]. Char décoré avec Alsaciennes, musiciens (accordéon) et banderole : “SANS POTASSE” sous laquelle se tiennent un bébé en plastique inanimé et la cigogne en bois construite par les apprentis dont le cou repose sur son corps. Une des femmes lance des confettis dans le public. Sous une deuxième banderole “AVEC POTASSE”, l’enfant en papier mâché a quintuplé de taille, se dandine et tient son grand biberon à la main.<br>[Le cinéaste s’immisce dans le cortège des MDPA]. Des hommes déguisés en fruits et légumes marchent près du char de “SCHAPIRA” (n°85). Vue resserrée sur la cigogne en bois.<br>[Caméra embarquée] Charles Bueb passe devant les mineurs conduisant le début du convoi. Le camion à la cigogne se rapproche du cinéaste.<br>Série de vues larges sur la foule et portraits de plusieurs groupes d’hommes.<br>Les personnes déguisées en fruits en légumes lancent des serpentins dans la foule.<br>Face caméra, un des mineurs renverse le biberon dans l’oeil du bébé en papier mâché et l’homme sous le déguisement se prête au jeu. Le mineur place ensuite le biberon dans la bouche du bébé. Portrait d’une Alsacienne hilare.</p>
