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MiraMIRAMémoire des Images Réanimées d'AlsaceUne cinémathèque numérique

Écrits sur images
      • JEANNE HELBLING, STAR ET RÉSISTANTE : DU OUI AU NON

      • par Odile Gozillon-Fronsacq
      • JEANNE HELBLING, STAR ET RÉSISTANTE : DU OUI AU NON
        • Jeanne Helbling © DR
      • Jeanne Helbling est « la petite Alsacienne », bien gentille et toujours d’accord. Elle accepte de se soumettre aux volontés des uns et des autres. Sa carrière semble une succession de compromis. En réalité elle est animée d’une détermination calme au service d’un destin dont elle a eu très tôt conscience. Elle saura dire oui à sa vocation d’actrice, et non aux dictatures. 

        Oui aux photographes

        La carrière de Jeanne commence comme celle de beaucoup d’actrices du début du XXè siècle. Ses parents ont quitté Thann pour Paris. La Grande Guerre vient de s’achever. Attirée par le cinéma, elle accepte tout ce qui la rapprocherait des caméras. Ses premiers studios sont ceux de photographes qui travaillent pour des cartes postales porteuses de toutes sortes de messages d’amour et d’amitié. Jeanne se prête à ces séances qui lui apportent un peu d’argent et beaucoup d’espoir. Cela nous vaudra tout de même de la voir, toute douce, ronde et alanguie, dans les bras de jeunes premiers pommadés promis pour certains à un bel avenir dans le cinéma, comme Jean Mitry. Un des plus grands théoriciens du cinéma tenant amoureusement la main d’une grande actrice… Mais ils ne le savent pas encore.

         
        Jeanne Helbling et Jean Mitry vers 1920

        Oui aux metteurs en scène

        Les premiers rôles de Jeanne sont eux aussi bien modestes. Elle joue les utilités. Elle se plie aux longues heures de plateau pour des apparitions incertaines, « des figurations plus ou mois intelligentes », elle le dit elle-même. Mais elle rencontre des acteurs fascinants, comme Charles Boyer sur le tournage du Grillon du Foyer en 1920. Elle a 17 ans.

        Ces expériences ne font que la conforter dans sa vocation de comédienne. « Du découragement ? Oui parfois, mais jamais la pensée d’abandonner », confie-t-elle à un journaliste. Car c’est là qu’elle est elle-même, au service de cet art-là : « Si le cinéma est un art muet, il n’est pas moins le plus éloquent de tous, et le plus complet, car il résume à lui seul toutes les autres manifestations artistiques ». Et avec ces gens-là, dans cette ambiance-là. Bien sûr elle y croise parvenus, margoulins et pavaneurs de tout poil. Mais elle y rencontre aussi des caractères aguerris, des générosités extravagantes, des passionnés baroques et fascinants.

        Elle tourne avec Julien Duvivier, qui lui donne son premier vrai rôle dans Les Roquevillard. Elle travaille ensuite sur de nombreux films muets avec les réalisateurs les plus célèbres de l’époque comme Louis Osmont pour Son Excellence le Bouif (où elle découvre une autre actrice Thannoise, Thérèse Kolb), Henri Fescourt en 1923 pour Mandrin, Jean Epstein pour La Glace à trois faces en 1927, Henri Gad pour Le Cabaret épileptique en 1928, Jean Renoir pour Tire-au-flanc la même année.

        Tant pis si l’apprentissage est dur. Elle doit se perfectionner, et le fait sur le terrain, de film en film. Elle est consciente de ses limites, et du chemin qui reste à parcourir pour devenir l’actrice qu’elle veut être : « Je suis loin, très loin du but. Mais qu’importe, la lutte me plaît, elle seule donne un intérêt puissant à la vie ».


        Jeanne Helbling dans un film de Jean Epstein (1927)

        Oui à Hollywood

        Au moment où le parlant s’impose dans le monde entier, et d’abord aux Etats-Unis, la carrière de Jeanne prend un autre virage. Le premier parlant est celui des différentes versions d’un même film. On ne sous-titre pas, on tourne plusieurs fois le film : la même histoire, les mêmes décors, mais avec des acteurs et parfois même des metteurs en scène différents. Les grosses sociétés de production américaines, solidement implantées en Europe depuis la Première Guerre, ne veulent pas prendre le risque de perdre les marchés français, allemands ou italiens. Ils font donc venir des acteurs de ces différents pays et tournent dans leurs studios des films en français, en allemand, en italien.

        C’est ainsi que Jeanne Helbling est une des premières actrices françaises sélectionnées par les firmes hollywoodiennes pour les versions françaises des productions américaines, en 1930 et 1931. Mais elle doit renoncer à son physique, non conforme aux exigences de la Warner, de la Fox, de la Paramount et de RKO. Changer de sourire – il lui faut moins de tendresse et plus d’assurance. Changer le regard aussi : une femme fatale n’a pas cette douce interrogation dans l’œil. Elle doit fasciner. Changer la silhouette : perdre dix kilos, au moins : c’est indispensable pour les longs fourreaux de satin. Changer la coiffure : platiner s’il vous plaît. D’accord. Jeanne accepte tout. Ses réalisateurs la surnomment : « la femme caméléon ». Mais « Je n’ai jamais tant aimé mon travail », dit-elle. Et elle a beaucoup de succès : elle tourne 9 films en moins de 2 ans, avec les plus grandes vedettes américaines, comme Douglas Fairbanks, et Buster Keaton.

        Elle se plaira à Hollywood : le climat méditerranéen l’enchante. Et le milieu particulièrement cosmopolite à cette époque, d’acteurs et de réalisateurs du monde entier, lui convient à merveille. Elle aime les Etats-Unis. « Je m’américanise, dit-elle, d’allure, d’esprit, et de cette compréhension de certaines choses qui n’appartient qu’à cette partie du monde ». Elle s’y fait de nombreux amis, d’Amérique et d’ailleurs. Elle aime quand Douglas Fairbanks évoque avec elle ses années d’étude à Paris, elle fréquente la colonie française d’Hollywood : Maurice Chevalier, Charles Boyer, André Luguet, Claude Autant-Lara, Françoise Rosay. Elle connaît Greta Garbo, Mary Astor, Charlie Chaplin, Gloria Swanson. Elle restera amie avec beaucoup d’entre eux, qu’elle retrouvera sur certains tournages en Europe, comme Douglas Fairbanks venu tourner Le Roi des Champs-Elysées en 1934.

        Mais le cinéma américain n’est pas une aventure pour midinette. Son séjour à Hollywood n’a pas été le lit de roses qu’elle laisse apparaître dans ses interviews. Elle a tourné quelques films… au prix d’un travail acharné et d’une lutte sans merci : « Sauver la façade. Avoir toujours l’air, quoiqu’il arrive, d’être la plus adulée, la plus heureuse. Il faut bluffer constamment, sinon on est écrasé par les autres », c’est la loi du cinéma hollywoodien, avouera-t-elle plus tard. D’ailleurs le cinéma américain ne lui fera pas de cadeau : très vite il n’a plus besoin d’elle, pas plus que de tous ces acteurs européens. On vient de mettre au point le doublage. Hollywood abandonne Jeanne. Jeanne quitte Hollywood.


        Jeanne en 1932 : le look Hollywood

        Oui aux Années Folles

        De retour en France, c’est le tourbillon des années trente. Pour elle, pas de crise. Au cinéma, elle tourne plus de trente films dans la décennie d’avant-guerre, avec Léon Mathot, Capellani, André Berthomieu, Cavalcanti, Max de Rieu, Jean Benoit-Lévy, Sacha Guitry. Elle y est en compagnie d’acteurs célèbres : Françoise Rosay, Catherine Hessling, Ray Ventura, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, Odette Joyeux, Maurice Baquet, Harry Baur. En Alsace, elle tournera en 1938 Paix sur le Rhin de Jean Choux, avec Françoise Rosay, Dita Parlo, Pauline Carton, Marianne Asel-Stoskopf.

        Tout en poursuivant cette carrière cinématographique, elle monte sur les planches, avec des partenaires aussi différents que Pierre Fresnay (L’Amour gai au théâtre de l’Empire) et Joséphine Baker (Revue du Casino de Paris,1932), fait de nombreux voyages, adore monter à cheval, pilote elle-même son avion, sa voiture - une Chrysler -, participe à des compétitions sportives sur son yacht amarré à Cannes, séjourne dans sa villa de St Tropez… Jeanne Helbling aime le soleil, la mer, le luxe. Elle aime ce petit port du midi, qui est en train de devenir un repère de célébrités en tous genres. Elle aime y échapper à Paris. Elle aime aussi y retrouver ses Parisiens préférés, les grands noms du théâtre, du cinéma… et de la politique qui se retrouvent chez elle lors de « soirées amicales et intimes ».

        Une vie extraordinairement remplie. Pas seulement de mondanités de star, mais aussi d’aventures humaines... La guerre va révéler tout le courage et le sens de l’engagement de Jeanne Helbling. Elle ne fut pas seulement une vedette, mais aussi une femme exceptionnelle. 

        Non à Hitler

        La guerre ne semble pas perturber sa carrière. Jeanne continue à bouger beaucoup, d’un spectacle à un autre, de gala en tournée théâtrale. Une actrice comme les autres, dirait-on. Mais Jeanne Helbling n’est pas une femme comme les autres. Elle aime la liberté et n’a pas peur de la lutte. Elle est résistante dans l’âme. Un ami lui propose de le devenir dans les faits. Elle devient membre du réseau Pierre Brossolette. Ses tournées théâtrales facilitent les contacts avec les résistants des différentes régions de France... et laissent libre son appartement de Neuilly, rue Casimir Pinel. Jeanne,- « Chantal » pour Radio Londres, le met à la disposition de ses compagnons, surtout Pierre Brossolette et « le lapin blanc », nom de guerre de celui qui avant la guerre dirigeait la maison de couture Molyneux à Paris. Ils s’y cachent. Ils y cachent des armes, des explosifs, de l’argent, des vêtements. Ils s’y réunissent aussi. C’est là qu’eut lieu au printemps 1943 la première réunion du C.N.R. (Conseil National de la Résistance, regroupant à l’initiative de De Gaulle et sous la présidence de Jean Moulin différents mouvements de résistance). Elle-même joue un rôle actif dans la Résistance : elle transporte des messages, fait circuler des informations ultra-secrètes. Sans peur et sans reproches ? Sans reproches, en tous cas.

        Non au conformisme

        L’énergie de Jeanne est inépuisable. Dès la fin de la guerre, elle est la première sur les plateaux de cinéma français : elle tourne dans le premier film d’après-guerre : Dernier métro en décembre 1945, avec Gaby Morlay et Maurice Baquet. Sa carrière est repartie. Le ciel de Jeanne est au beau fixe : reconnue comme comédienne, elle l’est aussi comme combattante de la Résistance. Son audace, son courage sortent enfin de l’ombre. Elle est décorée par le Gouvernement Provisoire de la République, « en hommage aux services importants rendus à la libération de la France », et par le gouvernement britannique.

        Reconnaissance officielle, honneurs, tournages. Jeanne quitte tout cela. Non à la facilité. Non à l’immobilité. Non au conformisme. Elle quitte la France. Elle abandonne le cinéma sur un dernier film qui est comme une antithèse de sa vie : Jeux de femme. Elle y incarne une femme d’industriel prête à tout pour monter sur les planches. Pour Jeanne, c’est exactement l’inverse. A quarante deux ans elle renonce à ce qu’elle a toujours voulu : le cinéma, le théâtre, des amis brillants et chaleureux. Pas de compromis. Elle aime un Américain. Elle le suit à New York. Elle y vivra jusqu’à sa mort en 1985.

        Sacrifier tout pour préserver ce qui lui tient le plus à cœur : c’est ce qu’elle a fait toute sa vie. En acceptant les incertitudes, les humiliations, les inconforts, les dangers, Jeanne Helbling a toujours su faire la part de l’accidentel et de l’essentiel. Conciliante et pleine de patience face aux avatars du quotidien, elle l’a soumis à l’accomplissement de ce qui était le plus profond en elle. L’art (le septième surtout), l’amitié, l’amour. Quand on la connaît mieux, Jeanne Helbling se révèle comme elle a toujours été : fidèle à elle-même. 

      • Publié le 15/09/2015

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