Ecrits sur image

Témoignage - André Rauch

Retour sur les images projetées lors de la soirée dédiée au Cercle des Amis de la Cinémathèque, le 31 mars 2016 au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg.

1. A priori, les histoires de familles et de folklore ne sont pas ce qui m'enthousiasme. J'ai donc été très surpris de moi-même quand je me suis senti comme "accroché" par les films que je voyais. Je leur ai trouvé quelque chose qui ne m'était pas étranger, d'une part, et quelque chose qui les rendait affectueusement attachants. Bref, une forme d'empathie est née qui a composé un moment de douceur et qui a fit naître ma curiosité.

2. Un film, pour moi, c'est d'abord une intrigue. Les documentaires m'endorment, le plus souvent. Pour des raisons que j'ignore, je suis entré dans ce passé, qui ne comportait aucune intrigue. Les vêtements (fichus sur la tête chez les femmes, tabliers pour les hommes), les gestes (se découvrir chez les hommes, se présenter chez les femmes) m'ont plongé dans un monde qui remet en question nos préjugés d'aujourd'hui sur l'étranger et surtout le musulman ou l'arabe (écrit grossièrement, pardon).

3. J'ai l'habitude des films bien léchés, où tout est "nickel-chrome", comme on dit. Ici tout est approximatif, mais dans ce brouillon mon regard n'a cessé de chercher des repères, l'identité des rues, des places, des lieux, des moments ou des saisons. Bref, une curiosité si longtemps endormie en moi s'est soudain réveillée. Je me suis même surpris à me flatter d'être Alsacien parce que je reconnaissais la région.

4. Addictif aux dissertations bien structurées et aux thèses hautement démonstratives, j'imaginais que j'allais assez rapidement me hérisser à regarder de petites scénettes sans rapport les unes avec les autres. Je m'étais trompé, ces scènes ont une unité, pas seulement celle d'un tour de piste des métiers ou des conditions sociales. Mais celle d'une manière d'exister sous le regard de la caméra, un outil nouveau, et qui suppose une manière d'une époque qui découvre cette modernité. 

Je m'arrête là. J'imagine que vous aurez d'autres idées. Mais je félicite Odile et son équipe pour ce très beau spectacle et je la remercie pour le bon moment qu'elle m'a offert de passer avec vous.

Professeur d'université, André Rauch a récemment publié : Paresse. Histoire d'un péché capital, aux éditions Armand Colin, 2014

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